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Le théâtre d’objet par A.L. 

Agnès Limbos

texte écrit pour la Compagnie Tarumba, (Lisbonne)

2015

Quand j’étais petite, ma mère achetait de grands bidons de poudre à lessiver au fond duquel se trouvait un cadeau : « le cadeau Bonux ». Je pouvais plonger ma main dans la poudre blanche et j’y découvrais des objets miniatures (fauteuils,tables,chaises…..). Je manipulais ces reproductions miniaturisés d’un décor familial sur mon petit bureau :  je jouais , je méditais, je contemplais : voir le monde d’en haut !

J’ai retrouvé ces sensations de l’enfance beaucoup plus tard. Après une errance personnelle, c’est tout naturellement que les objets ont pris une place de plus en plus importante dans mon travail de création. Je ne m’imagine plus écrire sans que l’objet fasse partie du récit.

Quand on dit “objet” on parle des objets qui ont fait ou font partie de notre quotidien avec toutes les valeurs nostalgiques, imaginatives ou poétiques qu’ils contiennent. Cette notion peut s’étendre aux matières naturelles ou autres (sable,terre, pieds de vigne…. ). Ils ne sont pas construits pour le théâtre.
Ce qui m’intéresse dans l’objet, c’est sa valeur métaphorique, son pouvoir d’évocation, de suggestion, sa force poétique. L’impact visuel est immédiat.
Ce sont des « éléments », reconnaissables par tous, qui sortent tels quels de la vie sans aucune transformation. Ils arrivent sur la scène au hasard de rencontres.

Ce qui m’intéresse plus personnellement, c’est le rapport entre l’acteur manipulateur (celui qui porte un regard, un point de vue) et l’objet déplacé (plutôt que manipulé). Au fil des années et des créations, l’espace a éclaté. De la table qui servait de scène, de la femme tronc qui manipulait derrière, le corps s’est libéré dans l’espace et y a entraîné de nouvelles valses, de nouveaux déplacements, un engagement total du corps emmenant avec lui les objets tout en ne perdant pas l’intime relation avec le public.

De belles rencontres se sont faîtes depuis 30 ans, de festivals en festivals. Des artistes,des organisateurs sont devenus des amis et une fidélité s’est établie au fil des ans mêlant les échanges et le bon vin.

 

Le théâtre d’objet : un théâtre d’auteur, singulier, ancré dans notre monde et qui a encore de beaux jours devant lui.

On peut parler d’un mouvement contemporain qui s’est nommé il y a 30 ans mais nous n’avons rien inventé.
Je pense que cette forme de théâtre mêlant acteur et objet a toujours existé et que l’homme préhistorique se barbouillant le corps de cendre et manipulant un os pour faire rire ses congénères va bien au delà du ludique.